Et j’entendais le Bougainvillier craquer

« Il arrive un moment sur le chemin, où il nous ai proposé d’arrêter de combler ce vide mais de l’accueillir. Car c’est depuis cet espace que l’Être né. »

J’étais assisse sur cette chaise en plastique blanche, pas très confortable, mais qui me suffisait dans l’instant. Je regardais le ciel changer de couleur et se noyer dans un rose profond, c’était une fin de journée d’été. Le bois du bougainvillier craquait et frottait contre les cannes en bois, l’air était doux, l’ambiance paisible… Un million d’émotions me traversaient simultanément, une grande tristesse incontrôlable parcourait tout mon être. J’étais bien, paisible, assise sur ma chaise à contempler le ciel et à écouter le bougainvillier craquer. Je me disais qu’à chaque instant important de la vie, nous sommes seuls. A chaque passage primordial nous emmenant d’une rive à l’autre, nous sommes seuls.

Je n’ai plus envie de parler au passé car je suis au présent et c’est ce que je suis en train de vivre maintenant. Je ne suis plus assise sur cette chaise en plastique blanc, certes, mais je suis seulement à deux mètres de là, postée en tailleur sur mon lit une place, la lampe de chevet éclairée juste à ma droite, où une statue de Mère Marie y est posée, les mains en prière, fixant mes doigts écrivant sur le clavier. Est ce une oeuvre de la Mère que je suis en train d’écrire ? Je ne saurais vous dire… L’Oeuvre du Grand Mystère est toujours cachée derrière chaque acte du quotidien. C’est un studio de vacances, en bord de mer, dans une petite bourgade, en plein cœur des îles Cyclades en Grèce. L’ambiance y est douce et paisible comme je vous disais, et je m’y sens vraiment bien. Apparemment c’est la place qui a été choisi pour moi, à cet instant, et je trouve que c’est un bon choix, un choix du cœur. Quand nous sommes à notre place, notre corps se détend et le cœur chante. Cela ne nous empêche pas cependant de ressentir la tristesse.

La tristesse, l’histoire de ma vie… Je crois que c’est l’émotion que j’ai le plus ressenti dans cette vie, je l’a connais par cœur et j’ai appris à l’aimer. Elle m’accompagne sur mon chemin de vie, c’est l’une de mes plus grandes amies… Elle a toujours fait partie de mon existence. Sans que je l’ai convié à y participer.. c’est bien la seule émotion qui s’invite sans crier gare! Je suis à la recherche de la joie, dans cette vie mon challenge c’est la joie. Ressentir et vivre la joie! j’ai beau essayer, je n’y arrive pas, du moins pas très longtemps… pourtant parait il que c’est mon Essence. Je ressens un vide constant, impossible à combler, depuis ma plus tendre enfance. C’est indescriptible, ingérable. Alors je fume, pour essayer de combler ce vide. Mais rien y fait… J’ai retrouvé la foi, prié pendant des heures pour rencontrer Dieu. Je l’ai rencontré à de nombreuses reprises et il me parle souvent, mais rien y fait. J’ai rencontré la Mère, elle me parle et me réconforte souvent mais rien y fait… Je cherche désespéramment cet être qui pourrait être à mes côtés, et m’aider à combler un bout de ce vide, je l’ai demandé en prière, mais il n’est toujours pas là…

Pourtant je me sens aimée, accueillie, protégée, nourrie, chérie, comme jamais sur cette Terre. Enfin une Terre qui m’aime pour ce que je suis et qui m’accueille en me disant de rester. C’est une première ! J’ai passé ma vie à chercher ma place, ma Terre, dans mon plus grand désespoir de ne jamais trouver ma place… Et enfin, cette Terre me dit qu’elle m’aime et souhaite me garder en son sein, auprès d’elle. Malgré tout cela, rien y fait, ce vide et cette tristesse sont toujours là… et je ne sais que faire… à part Accepter et vivre avec. Personne ne pourra combler ce vide, il est trop grand. C’est un trou béant. J’ai beau donné, offrir, aidé, rien n’y fait… ce vide est toujours là… Je donne, je donne, je donne, pour combler ce vide mais rien n’y fait… J’aime de plus en plus, j’aime Oui, mais rien y fait… Je prie, je prie, je remercie, j’essaie d’être présente à moi même et à ce qui est, mais rien y fait… J’apprend l’Être, le désintéressement, le détachement, afin d’y parvenir, mais pour l’instant ce vide accompagné de cette tristesse, sont toujours là…

Je me sens tellement bien ici, c’est un Miracle ! après toutes ces années de courses infernales, tous ces pays foulés de mes pieds, à chercher, en quête d’amour, en quête de soi, en quête d’être aimée et acceptée… J’ai enfin trouvé cette terre et cette maison qui m’accueillent et m’aiment pour ce que je suis. C’est un Miracle ! une prière exaucée. On dit que les cœurs purs sont toujours entendus, c’est vrai. Je me retrouve toujours à aimer un homme qui ne m’aime pas en retour, et je finis toujours par écrire… Ecrire un livre, écrire des articles… A croire que mon malheur fait le bonheur de mon écriture. A croire que toute ma vie je devrais vivre des tragédies pour écrire l’amour et faire que l’inspiration habite mon être. A croire que la tristesse, la solitude et la déception inspirent les plus chanceux d’entre nous.

J’ai beau manger, rien ne me remplie. J’ai l’impression de manger du vent. Même l’alcool n’étouffe plus cette tristesse et ce vide. Plus rien n’y fait… et pourtant je suis là, présente, et je suis bien. Je suis dans l’être, j’attends plus rien tout en restant dans l’attente que quelque chose de merveilleux va se produire. Je me dit que tout est là, que le Merveilleux est ici, à chaque minute qui défile, que cet endroit est Magnifique, qu’il n’y a plus rien à chercher, plus rien à attendre, que l’amour est là et que ce vide n’existe pas, qu’il est tout simplement le souffle de vie que je laisse enfin circuler en moi et qu’il n’a pas besoin d’être rempli. Je me dit que tout est accomplie et que tout cherche à s’accomplir sous une autre forme. Je me dit que tout est parfait et que je suis complète, que ce vide est illusoire. J’ai fait la place, et maintenant que la place est faite, je suis à ma place et je prends ma place. Alors je me dis que tout va bien et que tout est normal…

Je vis un instant de grâce, un instant de reconnaissance avec mon être et la Terre, accompagnée de ce vide et de cette tristesse. Ils m’ont accompagné tout au long du chemin, pour arriver ici. Ce lieu que j’ai tant imaginé, pensé, ressenti, rêvé, pleuré.. J’y suis ! comment expliquer la jouissance d’une âme et d’un cœur qui ont réussi, comment balayer toutes ces années de tristesse et de persévérance, comment partager cet instant inexplicable en mots, comment vous dire toutes les émotions qui me traversent, alors que moi même je ne sais les expliquer et les décoder… Ce sont des années de souffrances et de recherches effrénées qui arrivent ici, qui se posent, se consolident, se réalisent.

Seule avec moi même, cette Terre, la Lune, le Soleil, ce vide et cette tristesse. Sans le vent, le bougainvillier ne pourrait craquer et me rappeler que je suis bien vivante, sur cette Terre. Alors je remercie le vent ! Il m’a toujours accompagnée lui aussi sur le chemin. La quiétude est bien là pour me dire que mon âme a réussi l’un de ses combats, que maintenant l’heure est au repos, avant de repartir sur cette nouvelle route. Le pas est déjà lancé, il se fait toujours au repos dans cette attente qui n’en ai pas une. Dans cet instant où l’ancien est parti et le nouveau n’est pas encore là. Le mental nous disant que le nouveau ne sera jamais là et qu’il n’est pas présent, que nous sommes toujours dans notre quête effrénée vers l’Amour. L’âme lui répondant que non, nous y sommes déjà sur cette nouvelle route et que le nouveau est là à chaque seconde qui défile. Je me dit que ce vide existe pour tout simplement nous donner l’opportunité de créer nos vies, de mettre notre création en mouvement et notre Déesse en action. Cette compréhension peut changer le court d’une vie et élargir notre vision de l’existence…

Il arrive un moment sur le chemin, où il nous ai proposé d’arrêter de combler ce vide mais de l’accueillir. Car c’est depuis cet espace que l’Être né. Je vais pouvoir éteindre cette lampe de chevet, regarder Mère Marie une dernière fois avant de m’endormir paisiblement sous les étoiles, en écoutant le Bougainvillier craquer, et les grillons d’été chanter… Le Bougainvillier est timide et ne veut montrer sa beauté sur la toile du net, je ne joindrai donc pas de photos à ce texte. Pourtant il est magnifique… Ils sont magnifiques, ils sont deux… Une osmose du blanc et du fushia.

« Il arrive un moment sur le chemin, où il nous ai proposé d’arrêter de combler ce vide mais de l’accueillir. Car c’est depuis cet espace que l’Être né. »

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