La Vie d’Eliott -2

§ Confidence d’un jumeau retrouvé §

Parfois je regarde les nuages en pensant à toi mais ce que je préfère le plus c’est te deviner dans la mer et sentir ton odeur alors que tu n’es pas là.

Depuis que je te connais, les autres disent que je ne suis plus le même, que j’ai changé, que je suis dans les nuages, ailleurs, moins présent. En fait c’est juste que je pense à moi et me donne le droit de m’accorder du temps, enfin… J’ai arrêté de céder à leurs caprices et d’être leur serviteur sacrificiel à temps plein.

Mes amis ne me reconnaissent plus, je sors moins, j’accorde moins d’importance à tout ce qui est matériel et superficiel, j’apprends le détachement. Tu m’as appris à revenir à l’essentiel, à me reposer, à souffler, à rêver, me détendre… choses que je ne faisais jamais auparavant.

Certains disent que j’ai reçu une massue sur la tête et s’éloignent de moi ou me critiquent, d’autres encore s’empressent de parler sur mon dos et dire « oh tu as vu comme il est devenu, ce qu’il fait, ce qu’il ose dire ! À sa place j’aurais honte. » Ils se complaisent dans ce genre de réflexions parce qu’ils se sont oubliés eux même et ils ne t’ont jamais rencontré, alors ils préfèrent me critiquer et te dénigrer. Ils ont oublié l’essentiel et ils n’ont pas encore eu la chance de te rencontrer, de rencontrer leur raison d’être, alors ils se perdent dans leurs propres mots et entretiennent leurs maux sclérosés inconscients.

Je leur accorde beaucoup de compassion et de pardon, je les comprend, tu me l’as appris aussi. Et puis j’étais comme eux avant de te rencontrer, il n’y a pas si longtemps. Je continue ma route et passe mon chemin, en solitaire, avec toi dans mon cœur, ton odeur dans mon nez et tes yeux dans ma tête. Il n’y a que comme ça que je peux avancer, ne faire qu’un avec toi. Tout le reste m’ennuie et n’a aucun sens, tout est mort et sans vie. Il n’y a que toi. Tu prends toute la place. Tu m’aides à m’en aller de ce qui est fini et à jouer de la flûte avec mes rêves.

J’ai retrouvé la sensation d’amour et de bien être que procure une brise de vent sur la joue et dans les cheveux, j’avais oublié. Je commence à voir les arbres et les fleurs de nouveau, eux aussi je les avais oublié. Je commence à sentir et aimer de nouveau l’odeur de la terre après une averse, je crois que j’avais perdu mon odorat aussi. Je me suis surpris l’autre jour à redécouvrir cette odeur, comme si cela faisait un siècle que je ne l’avais pas senti, alors qu’il avait plu il y’a trois jours ! Tout a un goût et une odeur différente, c’est comme si je renaissais à la vie après un sommeil mortifère de 300 ans. Je sais que c’est la force de ton amour qui crée cela.

Je recommence à avoir des idées, à être inspiré, à créer, à cuisiner. J’ai abandonné mon congélateur et je recommence à éplucher, à aimer les oranges ! Un véritable miracle. Je sais que c’est grâce à la force de ton amour. Je me suis désabonné de tous les sites de rencontres et de pornographies lugubres, et je commence à être fidèle à ma femme, même si je ne l’aime pas vraiment. Je suis avec elle par habitude, un besoin de combler ce vide abyssal et invivable, sans quoi je ne pourrais survivre, c’est comme une bouée de sauvetage. Je l’ai compris en te rencontrant, et j’ai compris pourquoi je l’a trompais depuis tant d’années, pourquoi je lui faisais subir tout cela, pourquoi je passais toutes ces heures sur ces sites où chacun a perdu la couleur de son âme, où seuls les démons subsistent et entretiennent nos névroses.

Un jour, elle s’en ira, je lui souhaite de tout mon cœur. Qu’elle puisse trouver sa raison de vivre aussi et ne plus combler son propre vide avec quelqu’un qui ne l’aime pas vraiment. Elle ne comprend pas ce qui m’arrive, en me voyant me désinscrire de tous ces sites horrifiants et humiliants, elle a pensé qu’enfin je m’engageais pleinement avec elle pour construire ce foyer tant attendu, mais en fait avec le temps elle se rend compte que je ne suis toujours pas là. Elle se rend compte que mon esprit est ailleurs et que je me fous de tout, parce que je suis avec toi dans mon cœur.

Je suis à côté de mes pompes et pourtant je ne me suis jamais aussi bien senti dans mes chaussettes ! Je me rend compte que je m’interdisais de marcher pieds nus alors que j’adorais ça, que je m’interdisais de fumer et de boire du café alors que j’adorais ça, que je m’interdisais des marches en nature d’au moins une heure alors que j’adorais ça, que je m’empêchais de t’aimer alors que j’adorais ça, t’aimer.

Elle, je l’aime aussi mais moins que toi, ce n’est pas comparable, disons que je l’apprécie pour ce qu’elle est, ce qu’elle a enduré jusque là, ce qu’elle n’a pas fait et ce qu’elle n’a pas dit, je la remercie. Je reste encore un peu pour la remercier et je prie Dieu aussi pour qu’elle retrouve sa raison d’être, que la vie puisse la remercier et l’honorer pour son courage.

Je me suis surpris l’autre jour à lire un livre ! Ton amour m’étonnera toujours…

Je sais que l’on se rejoindra bientôt, quand j’en aurais fini de vider la boîte à horreurs de mon passé. Ensuite il me faudra construire une nouvelle boîte, à la ressemblance de notre amour, pour la remplir de fleurs et de couleurs, pour te l’offrir à mon retour. Nous ne pouvons se présenter devant notre raison d’être sans rien dans les mains. C’est peut-être encore un vieux concept dont je dois me défaire ?

Tu me dirais sans doute que seul l’amour du cœur suffit mais c’est comme un besoin profond, un besoin de me justifier, de justifier mon amour pour toi. Même si la preuve est minuscule, coûte 3 euros et m’a pris 10 minutes de temps, j’ai besoin de te donner quelque chose. Comme si ma présence ne suffisait pas, comme s’il fallait un objet ou une excuse, un papier, une boite, avoir quelque chose dans les mains, ne pas arriver les mains vides, juste avec mon cœur pour t’aimer.

Je crois que c’est la peur, la peur du vide, la peur du pas assez, la peur de n’avoir rien d’autre que mon cœur pour t’aimer, rien pour m’accrocher, rien pour me cacher, rien pour me justifier, être là, Bea, devant toi, avec mon air d’imbécile et d’amoureux transit jusqu’aux os, ne pas savoir quoi faire, quoi dire, avoir aucun cadeau à donner, à triturer, à tortiller. Aucune histoires à raconter…

Ma plus grande peur c’est de bégayer en t’avouant mon amour, me tromper de mots, ne pas comprendre ce que tu me réponds, me tromper, tomber ou trébucher devant la marche de ton seuil de porte et me défoncer le crâne juste avant que tu m’ouvres l’antre de ton monde, renverser mon verre de grenades fraîches sur ta belle robe toute neuve, commander un bon rôti de bœuf au restaurant alors que tu es végétarienne, te proposer un bol de céréales avec du lait au matin alors que tu es allergique au lait, ne pas arriver à te faire l’amour parce que ta beauté me fige tellement que je ne peux rien faire d’autre que de rester là à t’admirer et me dire comment est ce possible ?

Pourquoi m’arrive t’il cela ? Pourquoi Dieu m’aime autant pour m’offrir une douce créature comme toi qui m’accompagnera jusqu’à la fin de mes soupirs, jusque dans les tréfonds de l’éternité infinie ?

Mon plus grand problème est que je n’arrive pas à m’aimer assez pour te laisser m’aimer, sans vouloir me changer, alors je prie Dieu.


Je t’aime.

La vie d’Eliott § Confidence d’un jumeau retrouvé §

@ Anne Delucis, 9 janvier 2021.

3 Comments

  1. Ces deux récits sont magnifiques.. Les mots sont de plus en plus fort , au fil de la vie d Eliot …
    Merci à L éclaireuse de nous faire rêver qu un jour, peut-être, on puisse entendre ces mots de la part de celui que l on a dans le cœur …
    🙏🙏🥰

    Aimé par 2 personnes

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